Medafrique
No Comments 57 Views

MÉDITERRANÉE: combattre l’incompréhension, le rejet des autres et le radicalisme

Bruxelles, 16/06/2015 – La fondation Anna Lindh pour le dialogue

Bruxelles, 16/06/2015

La fondation Anna Lindh pour le dialogue entre les cultures en Méditerranée a adopté, jeudi 11 juin à Bruxelles, une « feuille de route » dont l’originalité est de porter sur une très longue échéance, jusqu’en 2025.

Sa  présidente, Élisabeth Guigou, également présidente de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale française, dresse par ailleurs un état des lieux de la politique euro-méditerranéenne et de « l’échec » de la politique de voisinage. Cette fondation, basée à Alexandrie (Égypte), est une structure commune euro-méditerranéenne.

Cette « feuille de route » propose un ensemble d’actions et projets axés sur les jeunes et leur intégration dans leur société, comme dans l’activité économique, et fait la promotion de « l’entrepreneuriat social des jeunes » axé sur les solidarités. D’autres axes de travail, sur les droits des femmes, le changement climatique – « porteur de guerre », souligne-t-elle – et l’énergie, y sont aussi recommandés. Diverses rencontres sont programmées avant le rendez-vous mondial sur le climat en décembre 2015 à Paris. La Fondation prévoit de coordonner des actions consacrées à la Méditerranée et de favoriser des coopérations ad hoc. Mme Guigou cite en exemple l’UNESCO, l’Institut du monde arabe (IMA) ou la Ligue arabe, ainsi que les instituts culturels des pays membres du processus euro-méditerranéen. L’objectif est notamment de favoriser le rôle de la société civile et d’accroître sa « visibilité ».

Le rôle premier de la Fondation est cependant de renforcer la compréhension culturelle, utile dans le contexte actuel, estime sa présidente. « Créée il y a dix ans, la fondation (Anna Lindh) est un instrument pour le dialogue entre les cultures et pour combattre l’ignorance ». Elle serait ainsi « le meilleur outil pour combattre la radicalisation constatée de part et d’autre de la Méditerranée ». Mme Guigou constate que « les crises se sont multipliées des deux côtés de la Méditerranée », dont la « crise économique avec des répercussions sociales ». Elle note aussi les « phénomènes communs, qui sont la montée de la xénophobie et la montée des radicalisations. Au nord comme au sud, avec la crise, les sociétés se referment de plus en plus sur elles-mêmes. On voit monter l’incompréhension, le rejet des autres. Il faut, politiquement et de façon citoyenne, lutter contre cela. Rien ne remplace les échanges culturels, car on ne se combat pas quand on se connaît », affirme-t-elle, en appelant l’UE à y être attentive. Et de ce point de vue, la révision de la politique de voisinage offre une bonne occasion de le faire et il est important, dit-elle, de la revoir pleinement, car elle « n’a pas rempli ses objectifs ».

La révision de cette politique « vient au bon moment parce qu’elle est un échec. Je vais déposer une contribution écrite dans les jours qui viennent » pour préciser ce jugement. Mme Guigou ajoute qu’elle est un échec déjà « pour les pays de l’Est de l’Europe (car) elle était censée être une alternative à l’élargissement et ne l’est finalement pas ». Et pour les pays du sud, « elle était censée apporter de vraies réponses aux problèmes de développement de tous ordres, économiques, sociaux, sanitaires, éducatifs. Nous sommes loin du compte. On parlait d’un ‘rings of friends’ (cercle d’amis) et c’est devenu plutôt un ‘cercle de crise’ ».

Il faut, dit-elle, « revoir fondamentalement cette politique et, d’abord, distinguer ‘voisinage’ et ‘élargissement’. Je peux comprendre, au plan administratif, que les institutions européennes veuillent garder un cadre unique, mais ce ne sont pas les mêmes problématiques. Et puis il faut, pour les uns et les autres, s’intéresser, certes, aux proches voisins, mais aussi aux ‘voisins des voisins’. Quand on s’intéresse à l’est de l’Europe et à l’Ukraine, il faut penser à la Russie. Pour le Sud, il faut penser à l’Afrique subsaharienne. Le Sahara n’est plus une frontière et cela sur tous les plans. Il faut élargir le champ géographique de notre partenariat. Le sud de la Méditerranée est devenu central parce que le Sahara n’est pas une barrière ». Pour Mme Guigou, « il faut changer de méthode. Federica Mogherini l’a compris. Il ne suffit plus pour l’UE de mettre sur la table des papiers et de dire: d’accord ou pas. Il nous faut construire l’ensemble (de la politique de voisinage) à partir de vraies demandes des sociétés, fondé sur le partage des technologies, sur les investissements croisés, parce que de plus en plus des pays du Sud investissent au Nord ».

L’absence de perspectives stratégiques ? « Il est important de souligner qu’il n’y a pas de perspectives d’adhésion, même pour tous les pays de l’Est. Je ne suis pas pour l’élargissement indéfini. Ce qu’il faut, c’est un dialogue politique » qui « n’est pour l’instant que bilatéral (alors qu’il) doit être global » et « doit être aussi entre les pays eux-mêmes. Il leur faut établir des positions communes pour dialoguer avec l’Europe. On a imaginé ce dialogue entre les gouvernements. Il faut l’élargir aux sociétés civiles, aux associations, aux syndicats ».

Pour Mme Guigou, l’immigration illégale, autre source de malentendu, est à prendre en considération: « le plus important est de lutter ensemble contre les trafiquants qui misent sur la misère des gens. Mais aller bombarder… je ne pense pas que ce soit la meilleure façon de faire. Il faut s’attaquer aux causes: à l’insécurité, à la misère, etc. Les lignes Maginot, ça ne tient pas ».

Fathi B’Chir (interview publiée dans agence EUROPE)

About the author:
Has 11 Articles
Photo du profil de Fathi B'CHIR

LEAVE YOUR COMMENT

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Back to Top